Qu’est-ce que la violence entre partenaires intimes?

On parle de violence entre partenaires intimes lorsque l’une des personnes du couple contrôle et manipule l’autre, entraînant ainsi un déséquilibre de pouvoir. La personne violente place son ou sa partenaire dans une situation d’infériorité, d’insécurité, d’impuissance et de dépendance, qui l’isole et limite sa capacité de mettre fin à la relation.

La violence entre partenaires intimes peut être présente dans tous les types de relation amoureuse ou intime : couples de tous les âges, de toutes les cultures, de toutes les catégories socioprofessionnelles, mariés ou non, habitant ensemble ou non, avec des enfants ou non, etc. Elle est présente dans les relations hétérosexuelles et dans les couples de même sexe. À cause de nos sociétés encore très sexistes et patriarcales (où les hommes ont majoritairement le pouvoir dans les domaines politiques, économiques ou religieux), les femmes et les filles sont plus souvent touchées par la violence. Les personnes allosexuelles et trans sont aussi à risque de vivre de la violence dans leurs relations amoureuses, à cause du contexte social homophobe, transphobe, biphobe et hétérosexiste.

Le fait d’appartenir à un ou des groupes touchés par des discriminations entraîne des formes spécifiques de violence dans une relation amoureuse ou accentue le risque de violence. Pour comprendre et soutenir une personne aux prises avec la violence, il faut prendre en compte le racisme, la xénophobie, l’âgisme, le capacitisme, l’homophobie, la transphobie, etc. dont la personne est victime. Il faut aussi prendre en compte des facteurs supplémentaires de vulnérabilité, comme le fait d’être en situation de pauvreté, d’être immigrante ou sans statut légal d’immigration. Ainsi, les femmes autochtones sont plus à risque de violence entre partenaires intimes. Une personne avec une limitation fonctionnelle ou cognitive pourrait être plus dépendante de son ou sa conjointe facilitant ainsi le contrôle. Une personne immigrante pourrait être plus isolée de son entourage, rencontrer des difficultés à accéder à des ressources à cause de la barrière linguistique ou de la méconnaissance de ses droits et des services disponibles ou avoir peur à cause de son statut d’immigration. Une personne allosexuelle ou trans pourrait craindre que son orientation sexuelle ou son identité de genre soit dévoilée. Prendre en compte la réalité et la spécificité de chaque personne est importante pour comprendre son vécu, les obstacles qu’elle rencontre et ses besoins.

Quelles sont les formes de violence?

La violence entre partenaires intimes est une répétition d’actes violents qui visent à instaurer un contrôle coercitif. Cette violence n’est pas une simple chicane ou des incidents isolés, c’est une dynamique constante.

Les actes violents peuvent être psychologiques, verbaux, économiques, spirituels, sexuels ou physiques et peuvent se manifester par de l’intimidation, des humiliations, des dénigrements, des menaces, du chantage, des insultes, des coups, des agressions sexuelles, des privations, du contrôle des fréquentations, de la surveillance, etc. Elle se produit par cycle ce qui a pour effet de placer la victime dans un climat constant de peur et d’alerte, peu importe où elle va ou ce qu’elle fait. Elle n’est plus libre d’agir ou de penser comme elle le souhaite. Elle est constamment sur ses gardes, modifie ses habitudes ou comportements et essaie de se soumettre à la volonté de l’autre pour éviter un nouvel épisode de violence. Toutefois, comme le but est de garder le contrôle et de maintenir la relation inégalitaire, la violence continue.

La violence psychologique est toujours la première à se manifester et favorise toutes les autres formes de violence. Elle est omniprésente. Cette forme de violence permet l’emprise et le contrôle. Elle est difficile à reconnaître, car elle peut être subtile. La ou le partenaire violent isole l’autre de son entourage, surveille ses fréquentations, ses déplacements et ses communications, et la manipule.

La ou le conjoint violent peut aussi avoir recours au détournement cognitif (gaslighting), en déformant la réalité, en niant les faits ou les sentiments de l’autre. La victime se met à douter de ses souvenirs, de ses pensées et de ses capacités.

Le bombardement d’amour est aussi une forme de violence psychologique. C’est une façon d’exercer son contrôle en submergeant une personne de marques d’affection, de cadeaux et de compliments. Une personne violente y a généralement recours tôt dans la relation ou après une instance de violence pour éviter la rupture et minimiser les effets de la violence. Le bombardement d’amour peut être difficile à identifier parce qu’il peut sembler romantique et faire en sorte que la personne se sente heureuse et aimée. Toutefois, le bombardement d’amour diffère de la romance par le fait qu’il est accompagné de comportements contrôlants. La personne qui bombarde d’amour peut forcer un engagement sérieux dès le début de la relation, demander toute l’attention de son ou sa partenaire, exiger une communication en continu et faire preuve de possessivité, ce qui culpabilise et étouffe son ou sa partenaire qui se sent mal à l’aise et sous pression.

Au début, la violence psychologique peut sembler banale, mais à force d’accumulation et de répétition, la victime de violence commence à douter et à intérioriser les critiques constantes qu’elle subit. Elle vient à croire qu’elle n’est bonne à rien, qu’elle ne trouverait pas mieux et qu’elle est responsable de la violence qu’elle subit. Ainsi, elle est plus susceptible d’accepter les autres formes de violence qui peuvent suivre et de rester malgré tout.

La violence verbale qui se caractérise par l’usage répétitif de mots blessants ou méprisants, de blagues dégradantes, de sarcasmes, de critiques ou d’injures, est utilisée pour dévaloriser, rabaisser, humilier, responsabiliser ou culpabiliser. La personne qui en est victime perd son estime d’elle-même et sa confiance en elle.

Les menaces et le chantage sont utilisés pour placer l’autre dans un climat constant de peur, d’anxiété et d’hypervigilance.

La violence économique est également très présente dans les relations violentes. Elle a pour objectif de réduire l’autonomie des victimes en leur enlevant l’accès aux ressources financières. Il est donc plus difficile de mettre fin à la relation. La personne violente contrôle et surveille les dépenses. Elle s’approprie les revenus de l’autre, limite les dépenses, l’empêche de travailler, d’étudier ou d’avoir des promotions. Il ou elle peut aussi l’obliger à s’endetter ou contracter des dettes qu’elle devra assumer en partie en cas de séparation.
La violence spirituelle consiste à empêcher son ou sa partenaire d’exprimer ses croyances religieuses ou spirituelles ou ses valeurs ou, au contraire, l’obliger à adhérer à des pratiques qui ne sont pas les siennes. Par exemple, interdire à la victime de fréquenter un lieu de culte ou la ridiculiser pour ses croyances religieuses, ses traditions ou sa culture. De cette façon, la personne violente l’isole de sa communauté religieuse ou spirituelle et des ressources qu’elle pourrait lui offrir.

La violence spirituelle peut aussi consister à utiliser la religion ou la spiritualité d’une personne pour exercer un contrôle psychologique sur elle. Par exemple, essayer de restreindre les choix et les comportements de la victime sous menace de perdre l’amour de Dieu ou de ne pas pouvoir accéder au pardon, à la vie éternelle ou au paradis.

La violence sexuelle comprend l’exploitation sexuelle, les attouchements, le viol et tout autre acte à caractère sexuel que la victime considère comme dégradant, humiliant ou douloureux. Ces actes sont commis sans son consentement. Ils peuvent être obtenus ou commis par la force, sous la menace, par l’intimidation, par des pressions ou par la manipulation. Bien que la violence sexuelle soit inscrite au Code criminel du Canada et que le viol conjugal soit reconnu comme un crime depuis 1983, c’est la forme de violence la moins dénoncée à la police à cause, entre autres, de la honte et du sentiment de culpabilité qu’ont les victimes.
La violence physique est la forme de violence la plus connue et parfois la plus visible parce qu’elle peut laisser des marques. Les actes de violence physique sont reconnus comme des actes criminels par le Code criminel du Canada. La violence physique se manifeste, entre autres, par des gifles, des coups de poing ou des coups de pied, des étranglements. Dans les cas les plus graves, elle peut mener au féminicide. La personne violente peut également menacer son ou sa partenaire de violence physique. Il ou elle peut aussi s’en prendre physiquement aux enfants, aux animaux domestiques ou aux biens matériels ou menacer de le faire.

La technologie permet à la personne violente de contrôler ​l’autre en tout temps : elle peut surveiller tous les déplacements peuvent être surveillés et exiger que l’autre soit toujours joignable.

La technologie facilite aussi le harcèlement, grâce à des envois de textos, de publications sur les médias sociaux et d’appels incessants.

La personne violente peut aussi prendre contrôle ou voler l’identité de la personne sur Internet par exemple en changeant ses mots de passe ou en se faisant passer sur elle.

Enfin, la cyberviolence peut être sexuelle, lorsque des photos ou des vidéos intimes sont prises ou diffusées sans le consentement de l’autre.
La technologie est un moyen utilisé par un ou une partenaire violente pour ne laisser aucun répit à l’autre. Elle facilite aussi la continuation de la violence même après la séparation.

Le féminicide est la forme ultime de violence. Il s’agit de l’assassinat d’une femme en raison de son genre. Dans le contexte de la violence entre partenaires intimes, il s’agit du meurtre d’une femme par son conjoint ou son ex-conjoint. Il peut être accompagné du meurtre des enfants et/ou du suicide du partenaire violent. Le féminicide arrive souvent au moment de la rupture (juste avant ou juste après) et est souvent une réaction au fait que le conjoint perd l’emprise et refuse la séparation. Le risque de féminicide ne doit jamais être minimisé.

Exemples de violence

De façon plus concrète, les comportements violents comprennent :

  • Critiquer l’entourage et isoler son ou sa partenaire en l’empêchant de voir sa famille et ses amis
  • Limiter ou interdire les sorties de son ou sa partenaire
  • Critiquer et dénigrer constamment la victime
  • Se moquer de son ou sa partenaire ou l’humilier en privé ou en public
  • Manifeste de la jalousie
  • Surveiller son ou sa partenaire, y compris au travail, notamment grâce à l’utilisation d’un téléphone cellulaire, des médias sociaux ou d’applications
  • Lire le courrier, les courriels et les messages textes de la victime
  • Responsabiliser la victime pour la violence et lui faire croire que la violence est de sa faute
  • Contrôler les finances
  • Se moquer des traditions, de la culture ou de la religion de la victime
  • Prendre toutes les décisions du couple, parce que le ou la partenaire considère que la victime en est incapable
  • Menacer la victime de partager de l’information personnelle ou des photos d’elles sur les médias sociaux
  • Obliger la victime à avoir des relations sexuelles sous prétexte du devoir conjugal
  • Menacer de faire perdre la garde des enfants en cas de séparations
  • Faire trainer les démarches juridiques après une séparation pour intimider et épuiser la victime et lui faire investir de grosses sommes d’argent
  • Dévoiler l’identité de genre ou l’orientation sexuelle de son ou sa partenaire ou menacer de le faire
  • Dire que la bisexualité de son ou sa partenaire n’est qu’une réaction à l’homophobie qui l’empêche de se déclarer gai ou lesbienne
  • Empêcher la victime de demander de l’aide en lui disant qu’elle subira de la discrimination à cause de son identité de genre ou de son orientation sexuelle
  • Empêcher son ou sa partenaire trans ou avec une limitation d’avoir recours aux soins de santé ou aux médicaments dont elle a besoin
  • Se moquer de la limitation fonctionnelle ou cognitive de la victime
  • S’en prendre à l’animal de service de la victime ou menacer de le faire
  • Tenir des propos racistes ou xénophobes envers la victime
  • Utiliser la méconnaissance des lois canadiennes et de ses droits de la victime en lui faisant croire qu’elle pourrait perdre ses enfants, qu’elle ne peut pas divorcer, qu’elle sera expulsée du Canada
  • Menacer de liguer la communauté culturelle ou religieuse contre la victime

Mythes et réalités

Mythe : C’est pas d’mes affaires. Faux!

Réalité : La violence entre partenaires intimes concerne tout le monde. L’idée qu’il s’agit d’un problème d’ordre personnel et privé isole les victimes.

Mythe : C’est juste une grosse chicane de couple. Faux!

Réalité : La violence entre partenaires intimes est un déséquilibre de pouvoir dans un couple. L’agresseuse ou l’agresseur domine ou contrôle son ou sa partenaire par différents moyens (menaces, coups, privations, etc.).

Mythe : Si c’était si « grave », les victimes ne resteraient pas. Faux!

Réalité : CChaque personne a de bonnes raisons de rester, par exemple, manque de ressources financières, peur de briser la famille, peur de l’agresseuse ou l’agresseur. Pour en savoir plus sur les raisons pouvant contraindre une personne à rester dans une relation abusive, visitez la section Suggestions pour aider une victime de VPI.

Mythe : C’est d’la faute de la victime, elle l’a provoqué. Faux!

Réalité : L’agresseuse ou l’agresseur est l’unique responsable de ses actes. Aucune situation ne justifie le recours à la violence.

Mythe : Ça n’existe pas pendant la grossesse. Faux!

Réalité : La violence n’arrête pas pendant la grossesse. De 6 à 8 % de la population enceinte est victime de violence entre partenaires intimes1.

Mythe : Ça ne touche pas les enfants. Faux!

Réalité : Même sans voir la violence, les enfants en subissent les conséquences et en sont victimes. Grandir dans un environnement de violence a des répercussions sur leur développement.

Mythe : Ça fait partie de sa culture. Faux!

Réalité : La violence entre partenaires intimes n’est pas liée à la culture ni à la religion. C’est le contrôle et la domination d’une personne sur une autre.

Mythe : Ça se passe juste dans les couples mariés. Faux!

Réalité : La violence entre partenaires intimes existe dans toutes les formes de relations intimes, y compris chez les couples qui n’habitent pas ensemble, les couples polygames et les jeunes.

Mythe : Ça ne concerne pas les personnes âgées. Faux!

Réalité : La violence entre partenaires intimes n’a pas d’âge. En fait, les personnes âgées ont une vulnérabilité sociale et sont plus à risque de vivre une situation de pauvreté ou de dépendance financière, ce qui augmente leur risque de violence.

Mythe : Ça concerne seulement la violence physique. Faux!

Réalité : La violence entre partenaires intimes est d’abord et avant tout psychologique. C’est d’ailleurs la première forme de violence à se manifester. Elle sert à contrôler et à isoler la victime et la maintient dans un climat de peur et de tension.

Tout le monde a un rôle à jouer en matière de prévention de la violence entre partenaires intimes.

Reconnaître les signes avertisseurs